jeudi 4 janvier 2018

eccyclème

L’eccyclème - mot masculin - était une sorte de plate-forme ou plateau roulant qui servait dans les représentations du théâtre grec antique. Il pouvait avancer afin de donner l’impression qu’un personnage était à l’intérieur d’une maison. Les apparitions se faisaient par la porte centrale de la skènè, dite « porte royale ».


L’eccyclème permettait, par exemple la rotation d’un plancher autour d’un pilier pour faire apparaître une scène antérieure ou un élément de décor. Il pouvait aussi servir à amener sur l’avant-scène les corps des héros tués, car on ne peut représenter le sang versé. Il constituait un intermédiaire entre l’intérieur et l’extérieur, en faisant apparaître les cadavres aux yeux des spectateurs. Il y a alors franchissement de la frontière symbolique entre l’invisible interdit et le visible, (ainsi on l’utilise pour l’entrée du cadavre de Phèdre après l’inceste avec son beau-fils dans l’Hippolyte d’Euripide).

Ce mot provient d’ἐκκύκλημα, ατος, qui est un dérivé sur le radical κύκλ- (de la racine indo-européenne *kʷél-), celui de cycle (κύκλος), cyclope (Κύκλωψ : qui a un œil rond)...

Le préfixe ἐκ- indique le fait que le dispositif sort des coulisses.
Le suffixe est celui attendu pour un nom neutre d’objet.


lundi 15 octobre 2012

boustrophédon

Les première formes d'écriture grecque étaient tracées de droite à gauche (sinistroverse) comme le phénicien, auquel les Grecs ont emprunté leur alphabet.

On trouve également des inscription où on alterne les sens d'écriture d'une ligne sur l'autre.
Voilà ce qu'on appelle le boustrophédon.

Ce mot vient du grec βουστροφηδόν (boustrophêdón), composé de βοῦς (boũs) « bœuf » et de στροφή (strophế) « action de tourner ». Il désigne en effet le trajet que fait le bœuf qui tire la charrue : arrivé au bout du champ, il se retourne pour tracer un sillon parallèle au précédent, mais en revenant sur ses pas.

En général, les lettres sont inversées dans les lignes sinistroverses. On n'hésite jamais sur le sens de lecture.

inscription trouvée à Gortyne, dans l'île de Crète, et qui remonte au Ve siècle av. J.-C.

mercredi 15 septembre 2010

esperluette

Es-per-luette, esper-luette,
Je te plumerai la tête,
Et la tête, et la tête,
Esperluette, esperluette,
Et le corps, et le corps...

... Corps de caractère sans doute !
Comment, vous ne savez pas ce qu'est une esperluette ? Eh bien, une esperluette...
Euh... c'est... Autant vous la montrer : &
Eh oui : & ! C'est ça, une esperluette, vous la voyez tous les jours sur votre clavier et vous ne la connaissiez pas !
Pauvre esperluette ; ah çà ! On te plumera.

Quant à son origine, c'est beaucoup moins clair. Le mot vient peut-être de sphaerula, diminutif latin de sphaera, "la sphère" (du grec σφαῖρα, ας : "la balle").

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l'article esperluette de Wikipédia.
Découvrez aussi une esperluette par jour, sur le site AmpersandAmpersand.

mercredi 20 janvier 2010

hexakosioihexekontahexaphobie

Voilà un mot qui fait peur ! Et pour cause : il est lié au diable...
En effet, il désigne la peur de chiffre 666. Dans l'Évangile de saint Jean, c'est le « chiffre de la Bête », par opposition à 333 qui désigne la perfection divine. Le nombre 3 renvoie à la Trinité (le Père, le Fils, le saint Esprit) symbolisé par la figure du triangle.
Le 666 montre donc la volonté du diable de dépasser Dieu. Surtout que ce mot dépasse désormais le plus long mot de la langue française : anticonstitutionnellement.

Voyons comment ce mot se compose :
- ἑξαϰόσιοι : 600
- ἑξήϰοντα : 60
- ἕξ : 6
-φοϐία : peur


vendredi 13 février 2009

paraskevidékatriaphobie

Vous avez peur du vendredi 13 ? Vous soufrez donc de paraskevidékatriaphobie, forme de triskaïdékaphobie ou peur irraisonnée du nombre 13. Et pas de chance, il y en a trois en 2009, le maximum possible.
Ce mot surprenant vient du grec, mais une fois n'est pas coutume, du grec moderne. On retrouve en effet les éléments :
paraskeví- : Παρασκευή, qui signifie vendredi. En grec ancien, ce mot veut dire "préparation" et le vendredi est le jour de préparation du shabbat dans le calendrier juif.
-
dekatria- : δεκατρία (treize au neutre) qu'on retrouve en grec ancien tardif. La langue classique préfère τρεισκαίδεκα.
-phobía (φοϐία : peur)

On trouve également le mot "friggatriskaïdékaphobie" qui a le même sens. Le premier élément de ce mot désigne Frigga, la déesse scandinave de la fertilité. A Rome, vendredi était le jour de Vénus, déesse de l'amour, à laquelle on a assimilé Frigga.
C'est pourquoi vendredi (Veneris dies, jour de Vénus) se dit Friday en anglais (contraction de Frigg's day, « le jour de Frigga ») ou Freitag en allemand (Freia est la version germanique de Frigga).
Les chrétiens ont fait de Frigga une sorcière, et du vendredi, le jour du sabbat des sorcières. Associé au 13, chiffre associé au malheur notamment dans le monde anglo-saxon, le vendredi 13 cumule les éléments négatifs.
Il faut savoir que le vendredi, pour des raisons mathématiques, a plus de chance que d'autres jours de la semaine d'être le treizième du mois. Le vendredi 13 n'est donc pas le jour le plus rare.
La France marque encore dans ce coup-là son exception culturelle, puisque c'est l'un des rares pays où le 13 peut être associé à la chance (pour des raisons apotropaïques ?). Il n'y a qu'à voir la cagnotte exceptionnelle promise par la Française des Jeux les vendredis 13...

dimanche 18 janvier 2009

procrastination

Ce nom et le verbe procrastiner de la même famille semblent tout à fait surprenants et pourtant désignent un travers trop courant : celui de remettre au lendemain ce qu'on pourrait faire le jour même.
On retrouve les éléments latins suivants :
- pro : pour
- cras : demain

samedi 11 octobre 2008

chryséléphantin

Un éléphant qui fait sa crise ? Certes, on sait les problèmes de délinquance juvénile chez les éléphants, conséquence inattendue des guerres civiles en Afrique et du braconnage qui y est associé.
Mais ici, aucun rapport avec ce problème, même s'il y en a un avec les éléphants. Lequel ?
Comme d'habitude, il faut décomposer le mot, dont les deux éléments sont d'origine grecque :
chrys- vient du grec χρυσός, οῦ qui signifie "or"
-éléphant- provient d'ἐλέφας, αντος qui veut dire "ivoire"
-in est un suffixe de formation d'adjectif.
Cet adjectif désigne donc un objet en or et en ivoire, notamment des statues de dieux grecs, telle que celle d'Athéna, dans le Parthénon sur l'Acropole d'Athènes, ou encore celle de Zeus dans le temple d'Olympie, l'une des sept merveilles du monde.
Cette reconstitution de la statue d'Athéna montre bien le bassin qui se trouvait dans le temple. Il avait bien sûr un rôle esthétique en reflétant et magnifiant la déesse mais aussi une justification pratique, puisqu'il fallait une humidité constante pour empêcher que les plaques d'ivoire qui recouvraient l'armature de bois ne s'effritent.

Cette reconstitution 3D rend bien compte du gigantisme de la statue de Zeus à Olympie, sculptée par le grand Phidias, auteur de la décoration du Parthénon et de son aménagement. Toutefois, la forme de la statue ainsi que les détails architecturaux du temple ne sont pas connus avec certitude et les spécialistes ne s'accordent pas sur ces points.